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Rue de la Rivière

Anciennement, la rue de la Rivière comprenait les rues actuelles de la Poissonnerie, de Croy et de la Rivière. Son nom lui vient de l’ancien cours d’eau, la « rivière de Guînes », qui traversait la ville du sud au nord et se jetait dans le bassin du « Petit-Paradis ». Cette rivière, sans doute navigable au moyen âge, avait cessé d’être entretenue du temps des Anglais. Sur le plan, du temps d’Henri VIII, on l’appelle « the River, or middle server », (la rivière ou égoût du centre). Dans le terrier Miraimont (1582-84), elle est désignée ainsi : « canal passant au travers de la ville pour l’écoulement des immondices ».

Vers 1670, la moitié environ de la rivière de Guînes fut voûtée. Sur un plan de 1689, ce cours d’eau est encore apparent jusqu’à la rue Notre-Dame actuelle. Dans un acte de 1669, il est question d’une maison sise rue Notre-Dame « le long de la rivière ».

En 1678, Jean Morillon est propriétaire d’une maison sise rue de la Rivière  « dite de Poissonnerie ». A cette maison sont annexés des bâtiments à usage de brasserie.
Dans une lettre du 7 mars 1690, M. de Laubanie signale la persistance d’une partie de l’ancienne rivière de Guînes qui devenait un foyer d’infection. « Si ce canal était nettoyé, dit le commandant de Calais, il se trouverait des particuliers qui y bâtiraient à leur dépens des moulins à l’eau qui seraient d’une grande utilité, parce que sitôt que le vent cesse de souffler six jours, il faut avoir recours à Saint-Omer. Autrement on mourrait de faim. J’ai déjà vu à ce sujet deux fois la disette dans la ville depuis que j’y suis, et si grande qu’il fallait mettre des sentinelles à tous les fours et au pain qui venait de Saint-Omer, pour en faire livrer aux soldats, parce que les bourgeois et paysans du pays se jetaient dessus. »

C’est en cette même année 1690 que fut commencée la construction de la grande citerne qui se trouve au nord de l’église Notre-Dame. Calais avait toujours manqué d’eau potable. M. de Laubanie obtint du roi l’autorisation d’édifier, pour le service de la garnison, ce vaste réservoir qui a cessé d’être d’une utilité journalière depuis l’établissement des eaux de Guînes, en 1860.

On peut lire dans un chroniqueur calaisien :

« La citerne ainsi que le pavillon au sud de l’église, lequel sert maintenant de grenier d’abondance, n’existaient pas lorsque le canal passait par cette rue : alors, le cimetière, planté d’arbres et garni de bancs, longeait ce canal, et c’est là que les négociants s’assemblaient et tenaient la bourse, en voyant circuler devant eux les bâtiments du commerce. »

Il y avait longtemps que l’ancienne rivière de Guînes n’était plus utilisée comme un canal de navigation, à l’intérieur de la ville, à la fin du XVII°siècle. Quant au cimetière, qui se trouvait dans l’enclos de l’église Notre-Dame, il a existé jusqu’en 1794. Il fut transféré à cette époque dans les dépendances des fortifications de la place, au sud de la ville, à l’endroit où était le jardin de la duchesse de Kingston. Il y resta jusqu’en 1816.

En 1717, une petite partie de la rivière restait encore à voûter. Dans l’état des dépenses à faire par la ville, on trouve cette mention : « Achever de construire la voûte du canal qui traverse la Ville dont il reste encore quarante toises à perfectionner, le surplus ayant été fait aux dépens de S. M. pour épauler la grande citerne ; ce reste de voûte est nécessaire pour le passage aux écuries de la cavalerie qui y touchent et coûtera, suivant le plan et le devis estimatif qui en ont été dressés, 7.000 livres .»

La rue qui longeait, à l’est, la rivière de Guînes, s’appelait, au temps de l’occupation anglaise, « Carden Street », ce qui veut dire : rue où l’on carde la laine, ou rue des Cardeurs.

Lors du recensement des citoyens de la commune de Calais pour l’an 10 (1801-1802), Antoine Leleux, le futur secrétaire d’Etat de la République de Colombie, âgé de 20 ans, demeurait avec ses parents, rue de la Rivière. Il est inscrit comme exerçant la profession de menuisier. C’était un jeune homme sérieux, intelligent et énergique. Son nom n’est pas encore inscrit au coin de la rue qui a reçu son nom, il y a environ deux ans. Pourquoi cette si longue attente ?

En 1815, le fils aîné de Le Roy-Berger, Désiré Le Roy, venait établir un atelier typographique à Calais où son père avait exercé de 1793 à 1804, avant de se fixer à Boulogne. C’est dans la rue de la Rivière que Désiré Le Roy installa d’abord ses presses qu’il transféra l’année suivante dans la rue des Boucheries.

Il y avait autrefois, dans la rue de la Rivière, un pensionnat de demoiselles dirigé par Mlle Pollet. J’ai sous les yeux le prospectus de cet établissement où l’on voit que les différentes branches d’instruction sont : « la Religion, la Lecture, l’Ecriture, le Français et l’Anglais par principes, l’Arithmétique, l’Histoire, la Géographie, l’usage des Globes et les ouvrages à l’aiguille ». Le prix de la pension est de 600 fr. par an, le blanchissage, 50 francs. Les maîtres d’agrément se paient séparément. La Musique, 24 fr., la Danse, 12 fr., l’Italien, 24 fr., l’usage du Piano, 3 fr. par trimestre.

Il y a dans la rue de la Rivière une école communale de filles qui s’appelle « Ecole Lamarck ». Ne me demandez pas pourquoi. Il y a aussi dans cette rue une école maternelle que d’aucuns continuent d’appeler  « Salle d’asile ».

La Société des Amis des Arts a son local au numéro 14 de la rue de la Rivière. Des cours élémentaires gratuits de dessin linéaire, de dessin d’imitation, d’anatomie artistique, de modelage et de photographie y sont ouverts le soir.

  
Une section d’histoire et d’archéologie a essayé de se former au sein de cette Société. Cette section paraît se hâter bien lentement, et elle n’a guère jusqu’ici donné signe de vie. Espérons toujours !
  
 

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