On l’appela d’abord « rue 12 » (des Fontinettes). C’est le nom qu’elle portait encore vers 1880. Sur le plan de la ville, dressé au mois de mars 1884, par M. Beillier, architecte, elle est désignée sous le nom actuel.
Denis Papin, l’un des premiers inventeurs de la machine à vapeur, et de son application, naquit à Blois, le 22 août 1647. Il étudia la médecine à Paris, où il prit ses degrés. Il commença d’abord avec succès l’exercice de sa profession ; mais se sentant attiré vers les sciences naturelles, il profita de l’enseignement donné par le célèbre Huyghens. Ses progrès furent rapides, et il promettait de devenir l’un des premiers savants de son pays.
En 1674, Denis Papin qui remplissait auprès de l’Académie des Sciences de Paris l’office de préparateur, publia un premier ouvrage sous ce titre : Nouvelles expériences du vide, avec la description des machines qui servent à le faire. Cet opuscule fut accueilli avec ferveur ; M. Hublin, célèbre émailleur du roi, présenta l’ouvrage à l’Académie des Sciences et le Journal des Savants le signala aux éloges. La carrière s’ouvrait donc pour le jeune savant sous les plus heureux auspices. Cependant, une année après, il quitte subitement la France et se rend en Angleterre. Pourquoi ? C’est dans l’histoire de la liberté de conscience qu’il faut chercher la réponse.
Denis Papin était huguenot. La révocation de l’Edit de Nantes n’était pas encore décrétée, mais les passions religieuses qui devaient amener cette fatale mesure devenaient de plus en plus exaltées, de plus en plus exigeantes. En 1675, la persécution s’exerçait déjà avec violence contre les protestants.
Les droits des individus et des familles étaient foulés au pieds ; il n’y avait plus aucun respect des intérêts matériels et de la conscience, dès qu’il s’agissait des huguenots. « Le protestantisme, selon l’expression d’un éloquent conférencier, était, en quelque sorte, placé sous récipient d’une machine pneumatique et chaque jour on enlevait un peu d’air vital ».
Denis Papin, protestant zélé, voyant qu’il n’y avait plus d’avancement à espérer à moins d’une abjuration, se décida à aller chercher un asile à l’étranger. Sa conscience avait besoin de liberté ; il quitta la France de Louis XIV, se réfugia en Angleterre. Arrivé à Londres, il fut accueilli avec bienveillance par les savants anglais, et fut reçu membre de la Société royale en 1680.
L’année même de son arrivée à Londres, Denis Papin publia un ouvrage intéressant sur le fameux digesteur qu’il venait d’inventer. On sait qu’à l’aide de cette machine plus connue sous le nom de marmite de Papin, (dans laquelle la concentration de la vapeur faisait monter la chaleur de l’eau à un degré bien supérieur à celui de l’eau bouillante), il parvenait à extraire tous les éléments nutritifs des os de viande qu’on avait regardés jusqu’alors comme inutiles.
La réputation de Denis Papin s’étant répandu à l’étranger, il reçut l’offre d’une chaire de mathématiques à l’Université de Marbourg. Il accepta et quitta l’Angleterre en 1687. Mais jusqu’à sa mort en 1710, il entretint une correspondance amicale avec les savants anglais qu’il avait connus ; et l’un de ses derniers actes fut d’envoyer en Angleterre « une petite machine d’un vaisseau à roues », afin qu’on en fit l’essai sur la Tamise. « Il est très important, écrivait-il à Leibnitz, le 7 juillet 1707, que l’on fasse l’expérience de ma nouvelle machine dans un port comme celui de Londres, où il y a assez de profondeur pour mon invention qui, à l’aide du feu, permettra à un ou deux homme de se rendre autant de services que plusieurs centaines de rameurs. »
Malheureusement, le petit bateau n’arriva jamais en Angleterre. Denis Papin eut la douleur d’apprendre qu’après avoir descendu le Weser en sûreté jusqu’à Mûnden, il avait été impitoyablement détruit par des bateliers.
Trois ans plus tard, l’illustre exilé mourut épuisé de travaux et de soucis, et laissant à d’autres inventeurs le privilège de faire l’application des grandes idées qu’il avait conçues sur la force motrice de la vapeur.
La discussion à laquelle Arago s’est livré dans une notice jointe à l’Annuaire des longitudes de 1829, a prouvé de la manière la plus positive que Denis Papin doit être considéré comme le premier et véritable inventeur des principes fondamentaux de la machine à vapeur telle qu’on l’emploi aujourd’hui. C’est en 1690 qu’il décrivit, dans les Actes de Leipzig, une machine à piston montant et descendant alternativement dans un cylindre, par l’expansion et la condensation successive de la vapeur.
C’est donc à bon droit que notre grande cité industrielle de St-Pierre a pu donner à l’une de ses nouvelles rues le nom de Denis Papin. |