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Rue du Château d'eau

Rue du Château d'eauCette rue s’appelait autrefois l’ « impasse des Pierrettes ». Elle portait encore ce nom en 1872, et nous y avons connu, à cette époque relativement reculée, un boulanger, un épicier, un charcutier-légumier, un marchand de chiffons et une débitante de boissons. A droite, à partir de la rue des Fontinettes, s’alignaient plusieurs moulins à vent.
Lorsqu’en 1860 fut construit dans l’impasse des Pierrettes le réservoir des eaux de Guînes, on donna à ce réservoir le nom de « Château d’Eau ». C’est de là, mais plus tard, que la rue a pris son nom actuel. Je trouve ce nom inscrit dans l’ « Almanach de Saint-Pierre » pour 1874.
On sait que les Calaisiens n’eurent longtemps d’autre eau à leur disposition que celle venant de citernes particulières ou de puits, établis à St-Pierre, nommés les « Fontinettes ». Ces puits se trouvaient à un endroit situé à peu près face au nouveau théâtre. Ces puits étaient alimentés par les eaux pluviales qui, après avoir traversé le banc de galet situé dans le voisinage, s’arrêtaient sur un terrain qu’elles ne pouvaient traverser, et formaient au dessus de lui une couche liquide dont l’abondance était subordonnée à celle des pluies.
Les citernes particulières alimentées par les eaux pluviales s’épuisaient au moment des sécheresses. Elles étaient d’ailleurs, pour la plupart, si mal construites, que l’eau y contractait un goût extrêmement désagréable. Heureux encore ceux qui avaient des citernes ! Les deux tiers des maisons tout au plus en étaient pourvues.
L’eau des Fontinettes, que des marchands portaient en ville dans des tonneaux appelés « bacchus », et qu’ils débitaient aux particuliers moyennant deux liards ou un sou le seau de onze litres, était jaunâtre, d’une saveur désagréable et peu propre au blanchissage du linge.
Vers 1750, l’administration avait décidé la création d’un puits artésien ; malheureusement, l’entreprise ne réussit pas. En 1821, la ville fit établir 20 puits publics munis chacun d’une pompe ; mais ces puits ne donnaient qu’une eau saumâtre et point potable. En 1842, on entreprend de nouveau, mais en vain, le forage d’un puits artésien sur la place d’Armes.
Dès 1835, l’ingénieur Néhou avait conçu le projet de la conduite et de la distribution à domicile des eaux de la fontaine de Coquelles dans la ville de Calais. Mais on recula devant la dépense de premier établissement et surtout l’élévation des frais annuels d’entretien.
En 1854, M. Léon de Guizelin, propriétaire à Guînes, était autorisé à distribuer aux villes de Calais et St Pierre les eaux provenant des sources de La Walle. Mais ce n’était pas tout : une telle entreprise devait se chiffre par près d’un million de dépenses et il fallait trouver des fonds. M. de Guizelin eut le bonheur de trouver sur son chemin un homme à idées larges, riche de cœur et de capitaux. Cet homme était l’abbé Clergeau, du diocèse de Sens, qui consacra sa fortune et son intelligence à cette grandiose entreprise qui avait pour but de doter Calais et St Pierre d’eau potable et industrielle.
Les travaux commencés en mai 1859, sous la direction de M. Sagey, ingénieur des mines, avaient été menés avec rapidité, et dès les premiers jours de mai 1860, le gérant de la Société (qui était l’abbé Clergeau) pouvait écrire aux fondateurs de l’entreprise : « Au moment où vous parvient la présente, nos eaux, les plus belles, les plus pures que puisse recevoir une ville, arrivent à nos réservoirs, le drapeau national y est arboré comme sur un fort pris d’assaut, et nous nous permettons de l’orner d’une couronne de laurier, en signe de la victoire, du triomphe réel que viennent de remporter nos travailleurs et leurs chefs habiles, sur les obstacles les plus grands, peut-être, qui soient encore rencontrés en ces sortes d’entreprises ».

  
Le gérant de la société avait fait placer, au dessus de la principale porte de l’usine où se trouvent les machines qui refoulent les eaux, une plaque avec cette inscription tirée du prophète Isaïe : Haurietis aquas de fontibus Salvatoris. (Vous puiserez des eaux des fontaines du Sauveur).Cette plaque que j’avais remarquée étant jeune, avait été enlevée, il y a de longues années. A ma demande, on l’a recherchée : Elle a été retrouvée, et, grâce aux bons soins de M. Susini, elle a repris sa place au fronton de l’usine.                              
  

C. Landrin

 

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