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La défaite de l'Invincible Armada en 1588

C'est certainement devant Calais qu'Alonzo Perez de Guzman el Bueno, duc de Medina Sidonia, à qui le roi d'Espagne Philippe II avait confié la lourde tâche de commander l'Armada, avait pris conscience qu'il ne lui serait pas possible de remplir sa mission. C'est là, à quelques encâblures du Risban, que les Espagnols virent s'évanouir leurs rêves de conquête de l'Angleterre. C'est là aussi, que l'Armada, subit sa première déroute véritable. A vrai dire, c'est dès l'entrée dans la Manche que les difficultés apparurent pour les 130 bâtiments de l'Armada et les quelques 30.000 soldats et marins qui étaient à leur bord. Les marins d'Elisabeth 1ère, avertis de l'arrivée des Espagnols et chez qui depuis plusieurs mois régnait une véritable psychose de l'invasion et de l'anéantissement de leur royale nation, veillaient au grain. A Plymouth, notamment où Lord Howard à la tête de ses 90 bateaux dont une vingtaine appartenant à la reine, attendait l'arrivée des Espagnols avec, certainement une folle impatience et en tous les cas la ferme conviction de les forcer à battre du chemin. Le dimanche 31 juillet, les Anglais attaquaient et capturaient le Rosario. Le lendemain, au large de Portland Bill, c'est le San Salvador qui tombait aux mains des Anglais, marins particulièrement entrainés et aguerris aux combats mais aussi bénéficiant d'unités légères et manoeuvrables, équipés de canons à longue portée, contrairement aux galéasses espagnoles. Bien souvent, d'ailleurs, les Anglais firent tout pour éviter les abordages et préférèrent tenir à distance leurs adversaires qui très tôt allaient avoir un nouvel ennemi. Le terrible courant qui, allié aux vents de sud-est, balaie le détroit du Pas-de-Calais.
Après ces premiers orages qui entrainèrent également la perte de la Santa Ana, abandonnée dans le port du Havre, l'Armada arrivait passablement ébranlée devant Calais le samedi 6 août 1588, en fin d'après-midi. Pendant deux jours, l'imposante flotte demeura au mouillage devant Calais, les Espagnols devant se remettre des premiers combats mais aussi se voyant dans l'obligation d'attendre les troupes du duc de Parme avec qui les Espagnols avaient pris rendez-vous à Dunkerque pour conquérir l'Angleterre. Ce mouillage fut une très grande erreur de la part des Espagnols, cependant avertis par la violence des courants existants devant le port par le gouverneur de Calais en personne. Les Anglais, eux, profitèrent de l'aubaine et déclenchèrent dans la nuit du 7 au 8 août 1588 la terrible attaque des "brûlots", ces bâtiments volontairement sacrifiés et qui, les soutes bourrées de goudron, de poudre et de combustible furent lancés sur les galéasses espagnoles. Une nuit d'enfer pour les marins espagnols, une nuit tragique pour les hommes du San Lorenzo qui, en feu, s'échoua sur la plage, une nuit de déroute totale pour l'Armada qui, il n'est pas erroné de le penser, avait très certainement perdue la partie devant Calais deux mois seulement après son départ de Lisbonne.
Désemparés, les Espagnols ne durent leur salut qu'à la fuite dans la nuit pour finalement se regrouper devant Gravelines et faire face aux Anglais qui, le 8 août 1588, ne laissant aucun répit à l'ennemi, attaquaient de nouveau avec une trentaine de navires commandés par Lord Seymour. Une chose est certaine, les Anglais marquent des points une fois encore, n'essuyant après leurs attaques que des réactions sporadiques de la part des Espagnols. Alors que les bateaux anglais étaient composés uniquement de marins chargés de la manoeuvre des voiles et du service des canons, les navires espagnols comportaient en revanche une forte majorité de soldats assurant dans les batteries de tir d'une première salve et montant ensuite sur les ponts dans l'attente de l'assaut du bâtiment adverse. Lors de cette journée du 8 août, les navires de l'Armada, desservis par une brise de nord-ouest qui les pousse vers la côte ne peuvent se mettre en position d'abordage et subissent de graves avaries sans pouvoir répliquer de manière efficace à cet engagement. Celui-ci fut terrible et dura neuf heures, au cours desquelles, les Espagnols furent malmenés. Plusieurs galéasses furent jetées à la côte. Le 9 août, le vent qui tourne au sud-ouest repousse la flotte espagnole vers le large, vers la mer du Nord. En dépit de sérieux dégâts, l'Armada conserve un caractère imposant et menaçant. A trois reprises, elle fait front, les Anglais déclinent et refusent le combat. L'Armada, poussée par les vents du nord, ne pourra permettre à ses survivants de débarquer et de conquérir l'Angleterre pour y réinstaurer, raison officielle, la foi catholique. Medina Sidonia, en vain, songera un instant de débarquer dans le Yorkshire. Là encore, ce sera peine perdue, les éléments en décideront autrement, forçant la flotte espagnole à faire le grand tour, c'est à dire en passant par les Shetland et l'Irlande pour regagner ensuite le sud et l'Espagne. Le 20 août, l'Armada fait de nouveau son entrée dans l'Atlantique. Ce sera alors l'anéantissement de l'Armada dont un nombre effroyable de navires viendront se fracasser le long des côtes ouest irlandaises, précipités par des tempêtes d'une violence inouïe. Le 14 septembre la Trinidad Valencera fait naufrage, puis ensuite la Duquesa Santa Ana, le San Juan de Diego Enriquez, la Rata Encoronada, El Gran Gin, la Santa Maria dela Rosa, etc.
Au total, plus de trente navires, qui quelques semaines auparavant faisaient encore l'orgueil de la flotte de la couronne d'Espagne. Une soixantaine de navires revinrent en Espagne. Certaines petites embarcations furent abandonnées dans les ports où elles avaient cherché refuge. Le rêve de Philippe II d'Espagne, avait entrainé la perte d'au moins un tiers des unités de l'Armada que l'on croyait "Invincible" et causé la mort de 15.000 hommes. Ironie de l'histoire, Elisabeth 1ère d'Angleterre, la "Reine Vierge", qui, quelques années auparavant avait envoyé sous le couperet du bourreau la reine d'Ecosse Marie Stuart, ne pourra jamais prendre véritablement sa revanche et monter à son tour une expédition punitive contre l'Espagne et pour cause, plusieurs milliers de ses marins venaient de passer de vie à trépas, emportés par une terrible épidémie de toxicose.

 

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