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Dernière lettre d'un calaisien fusillé
Alphonse Huyghes

HUYGHES Alphonse
Fusillé le 27 août 1943 – tombe n°10

Alphonse Huyghes

Loos, le 27 août 1943

Ma chère petite femme adorée, mes chers enfants chéris,

Lorsque tu recevras cette lettre, je n’y serai plus, je serai mort malgré tout ce que tu as fait pour moi, malgré ton dévouement, je serai exécuté le jour de ta visite. Qu’elle journée terrible pour toi et les enfants…
J’ai demandé à t’embrasser mais cela n’a pas été permis. Il vaut mieux dans le fond, car le coup aurait été trop dur pour toi. Ma chérie, je te demanderai de continuer à bien élever mes enfants et d’en faire pour la vie des hommes honnêtes comme leur père fut. Je sais que pour toi la vie sera difficile maintenant avec trois enfants à élever. Je te sais courageuse mais quel coup quand même ! je te demanderai d’aller voir mon camarade Robert Sonnier, 24 rue Edouard Vaillant à Hellemmes qui fut un grand camarade pour moi et très bon lorsque nous étions ensemble. Je te demanderai aussi de me faire faire une messe Obit, car avant de mourir j’ai communié et ma pensée allait vers vous qui étaient là, à deux pas de moi et que je ne pouvais pas voir même une dernière fois.
Ma chère petite femme, je n’ai rien à te reprocher dans ta vie qui fut honnête et droite. Parle souvent de moi à mes enfants, surtout à Cloclo car il est jeune et il pourrait m’oublier.
Ma montre tu la donneras à Jean ainsi que la bicyclette qui vient de mon frère, quant à la mienne et toutes mes affaires et habits tire le plus de profit que tu peux pour t’aider à vivre. Je n’aurais pas voulu mourir avec mon alliance, je te la remets dans la lettre que j’ai reçue hier le 26 août 1943, la dernière. Je t’ai écris une lettre le 24 août 1943, la dernière où je te soule de notre amour. J’embrasse bien tes parents que j’ai toujours aimés malgré notre caractère différent. Va souvent voir ta mère qui te sera d’un précieux concours dans ta détresse. Embrasse Léon, Suzanne, Edmond, Marguerite, tous les neveux, nièces, toute la famille et bonjour aux amis que je connaissais. Au revoir à tous les amis du bureau du dépôt, un grand merci à M. Roussei de t’avoir aidée pendant ma détention ce qui fut une consolation pour moi de te savoir à l’abri du besoin.
Ma petite femme adorée et mes chers enfants je vus quitte pour toujours. Je vous demande pardon du mal que je vous fais, si dans la vie tu rencontres un homme qui pourrait te rendre heureuse, tu feras comme tu voudras. Ce que je te demande, c’est qu’après la guerre tu fasses venir mon corps à Calais et mettre mon frère à côté de moi et venir prier souvent sur notre tombe. Ma chérie, mes enfants chéris, adieu et pardon du mal que je vous fais.
Fais faire un agrandissement de ma photo et place-là à côté de la tienne quand tu étais jeune fille, notre photo de mariés aussi.
Adieu, pardon. Ma dernière pensée est pour vous jusqu’au dernier moment, je meurs courageusement.
Ton mari et votre père qui vous embrasse bien fort pour la dernière fois.
Que l’on m’excuse si j’ai oublié quelqu’un ou quelque chose, j’embrasse la lettre avant de la cacheter.

Alphonse

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