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Dernière lettre d'un calaisien fusillé
Marcel Follet

FOLLET Marcel âgé de 30 ans
Fusillé le 27 août 1943 – tombe n°13

Marcel Follet

Loos, le 27 août 1943

Mes chéris,

Je viens d’apprendre que mon recours en grâce avait été refusé par le maréchal Goering et à 5 heures nous serons exécutés.
Marthe, je sais que cela va être terrible pour toi mais enfin que veux-tu ceci est ma destinée. Je te demande d’être courageuse dans la vie qui va maintenant se dresser devant toi. J’aurais bien voulu pouvoir la continuer et la faire même plus heureuse. Maintenant pour Gilbert et Colette je te prie de les élever dans un esprit d’ouvrier.
Ma chérie, je te demande de bien veiller sur nos deux petits, de leur donner une solide instruction car c’était là mon rêve élève-les et apprends- les à me connaître, agis comme si j’étais toujours avec toi c’est là ce que seul je te demande. Reste toujours en bon terme avec mon père et ma mère et dis aux enfants de surtout bien les respecter.
Chérie, je vais dans peu de temps passer à la mort c’est terrible mais enfin je conserve comme tu peux le voir à mon écriture toute ma lucidité j’ai bon courage et je vais mourir comme seul peut mourir un bon Français.
J’étais trop content ces jours derniers, j’avais vu ta mère, j’avais de bonnes nouvelles des petits, surtout de Gilbert que je connais si peu et qui paraît-il si beau. Tout cela j’aurais voulu, et j’avais bon espoir, les revoir et avoir encore leurs caresses mais c’est fini. La mort à trente ans c’est dur, non pas pour moi mais surtout pour vous tous. Moi je pars dans le néant et toi tu devras maintenant seule te débattre avec toutes les difficultés que comporte la vie.
Avant de terminer je vais te demander de bien vouloir remercier tous ceux qui depuis mon arrestation te sont venus en aide. Jeanne surtout doit venir en premier. N’oublie personne. Ta mère, Maurice, tes frères et sœurs et principalement Paul, M. et Mme Candal et ses enfants, M. et Mme Mailard, les administrateurs M. Bollingier, mes copains du bureau, employés et boulangers, Mme Pollet enfin n’oublie personne.
L’heure approche nous avons maintenant cigarette sur cigarette café. Avec moi vont partir Huyghes, Puis, Sharp, Béaret.
La justice, surtout pour nous a été une loterie et j’ai pris un mauvais numéro. A toute ma famille ma meilleure pensée et pour toi Marthe chérie mes meilleurs baisers pour Colette et Gilbert pour eux qui étaient toute ma vie mes plus affectueux baisers et ma meilleure pensée. Adieu à tous. Chérie j’ai refusé un aumônier, respecte plus-tard cette volonté.
Adieu et encore mes meilleurs baisers.
Colette et Gilbert, n’oubliez jamais le respect à maman… et à pépère et ne m’oubliez jamais. Adieu et bons baisers.

Marcel

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