Désaffecté depuis fin 1992, l'abattoir de Calais est devenu aujourd'hui, le Channel.
Savez-vous qu'il y a cent quarante ans qu'un abattoir se trouvait à cet endroit, entre les ponts Gambetta et Jourdan ? Sa première pierre fut posée en 1852. De dimensions modestes, la ville commence seulement à se développer, il n'arrive pas à satisfaire la demande. En 1909, le conseil municipal adopte le principe de la construction d'un nouvel abattoir se substituant à l'ancien, au même emplacement, agrandi de terrains communaux disponibles derrière lui.
Emile Salembier, maire de Calais, en confie l'édification à l'architecte Louis Debrouwer, déjà choisi pour l'Hôtel de Ville, la Poste, etc. La superficie de l'ensemble est triplée et englobe trois corps de bâtiments parallèles à la Rivière Neuve, celui du milieu étant réservé au grand hall d'abattage. Il y a aussi un château d'eau de 100 m3, avec élévateur à vent, permettant de recueillir et d'utiliser les eaux de pluie pour le lavage du sol. En 1911, un emprunt d'un million de francs est voté pour couvrir la dépense. Commencés deux ans plus-tard, les travaux sont interrompus par la Grande Guerre.
Ce n'est que le 16 septembre 1928 que le député maire Léon Vincent inaugure le nouvel abattoir, dont on se servait, en fait, depuis deux ans. Une plaque symbolise cette inauguration. Une secone plaque perpétue le souvenir des bouchers, charcutiers et membres du personnel de l'abattoir, tombés au champ d'honneur. Un banquet de cent cinquante couverts à l'Hôtel Continental complète la cérémonie. La même année, Léon Vincent prend un arrêté rendant obligatoire l'abattage au pistolet des chevaux et des boeufs.
Des bombes alliées écrasent l'abattoir en juin 1944, lors de l'opération Fortitude, destinée à tromper les Allemands sur l'emplacement réel du proche débarquement.
Un abattoir provisoire est aménagé près de la place de la Nation, le long du canal. Sur les ruines de l'abattoir, les Anglais constituent un gigantesque dépôt d'essence. Après les travaux de reconstruction, entrepris le 20 avril 1946, les services de l'abattoir regagnent le site du pont Gambetta en 1948. Le vétérinaire-directeur est M. Lajus. A son départ, l'année suivante, Paul George prend la direction. Quand il meurt en 1959, Maurice Lannoy assure la succession.
Reconstruction et modernisation n'excluent pas les difficultés. Elles conduisent, en 1968, à la décision de créer une exploitation rationnelle, confiée à une société d'économie mixte, associant la ville à des professionnels de la viande et des organismes économiques et financiers.
Les choses ne s'arrangent pas pour autant. Les fameuses normes européennes apportent le coup de grâce. En raison d'une non-conformité avec les règles édictées à Bruxelles, les abattages cessent à Calais, à compter du 30 décembre 1992.
Une reconversion provisoire intervient en 1994 avec la mise à disposition des bâtiments aux comédiens, décorateurs, techniciens, etc. travaillant à la création du spectacle urbain marquant l'ouverture du tunnel sous la Manche. Aujourd'hui, l'ex-abattoir sert aux spectacles du Channel.